Le succès peut-il devenir votre pire angle mort ?
- Lucie Marois

- il y a 10 minutes
- 3 min de lecture

Le brouillard ne vient pas seulement des crises externes. Il peut aussi être créé par le succès lui-même.
Je lis l’histoire d’Arsenal Média sur le web, ou plutôt celle de Sylvain Chamberland, son patron.
Ça frôle l’histoire d’Icare.
Quand la réception de prix, la célébrité et les applaudissements prennent la place des rencontres régulières avec les cadres et les employés.
Quand son reflet dans le miroir devient plus remarquable que la raison d’être de l’entreprise.
Quand on oublie la connexion avec les employés, au point d’étouffer la mission, le rêve du départ.
Ça me fait réfléchir.
On considère les titres, les prix et la reconnaissance comme les marques du succès. C’est vrai. Tu ne recevras rien de tout ça si tu es médiocre.
C’est vrai aussi que l’entreprise va se dégonfler si tu crois que la notoriété est le carburant qui génère le chiffre d’affaires, la motivation et le sentiment d’appartenance des employés.
Les pièges sont comme les nids-de-poule : tu les reconnais quand tu tombes dedans.
L’image.
Le pouvoir.
La célébrité.
La richesse.
Le sentiment d’être au sommet.
Un plan d’affaires n’a pas nécessairement comme finalité de remporter le prix de l’entreprise de l’année.
C’est bien de l’obtenir.
Mais la suite du boulot ne se fera pas tout seule.
Je peux remporter l’Oscar de la meilleure actrice. Mon succès au prochain film n’est pourtant pas garanti.
Vous avez compris le message, j’en suis certaine.
J’aime lire dans cet article que le PDG d’Arsenal Média a changé l’orientation du miroir pour le tourner vers… les employés. Cette force motrice de toute réussite durable.
Son parcours vaut pour la lucidité qu'il en a tirée.
Une lucidité acquise à la dure, qui ramène au b.a.-ba du leadership :
L’humilité.
Le partage.
Il a eu le mérite de reconstruire son organisation et de la faire prospérer, même quand les projecteurs étaient ailleurs.
Ça, c’est une maturité du leadership.
Voilà qui mérite la reconnaissance.
La diète santé des organisations
Les calories vides, celles qui donnent une énergie éphémère :
L’image.
Les prix.
LinkedIn.
Les conférences.
Les médias.
Le statut.
Les nutriments santé, ceux qui se transforment en carburant de réussite :
Écouter.
Développer ses gestionnaires.
Observer les signaux faibles.
Sentir le climat de l’équipe.
Mais l’ego est rarement le premier problème.
Le vrai danger, c’est de perdre la capacité de voir.
Voir les départs silencieux.
Les regards qui changent.
Les conversations qui disparaissent.
Les employés qui exécutent sans plus s’engager.
Les gestionnaires que j’accompagne traversent régulièrement un brouillard embarrassant. Pour éviter qu’il ne se transforme en crise, je les aide à voir ce qui se passe juste devant eux… et parfois même en eux.
C’est le propre des Masterminds que j’anime.
Le brouillard ne vient pas seulement des crises externes, il peut aussi être créé par le succès lui-même.
Il y a un symptôme à démasquer.
Si je passe plus de temps à nourrir les réseaux sociaux, à rechercher la reconnaissance de mes pairs, à courir après toutes les occasions de visibilité et à surveiller l’opinion publique, je mets mon entreprise à risque de péricliter.
Je risque de perdre de vue l’essentiel : être au service du client, offrir un bon produit ou un bon service et, surtout, bâtir une équipe engagée et compétente.
C’est une question de magnétisme.
D’influence.
Et du sens de la victoire collective.
De beaux grands mots à placer dans un texte. Je sais.
Ça veut tout simplement dire que nous attirons des collègues et des employés qui nous ressemblent. Ça mérite réflexion.
Que le leadership n’est pas un titre, mais une influence constructive à développer.
Et qu’un vrai leader trouve toujours le moyen de faire gagner l’équipe.
Ainsi, l’entreprise peut continuer à avancer sans la présence constante du leader.
À mes yeux, c’est une réussite beaucoup plus impressionnante que de faire monter toute l’équipe sur scène pour recevoir le prix de l’entreprise de l’année.
Lucie M alias La Rebelle Assumée
(Chronique 008)



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